Depuis deux décennies, le voile dit islamique ou musulman
occupe les devants de la scène et est le sujet, par excellence,
qui soulève le plus de polémiques, suscite de vives levées
de boucliers, fait couler beaucoup d’encre et est au cœur
de nombreux débats télévisés. Par conséquent, on pourrait
se dire, en lisant le titre de l’essai de Sihem Bouzgarou-Ben
Ghachem, Voiles et Histoires : voilà encore un essai sur ce
sujet qui enflamme Musulmanes et Musulmans et exacerbe
leur passion. Cependant, en lisant cet ouvrage, on se rend
compte que l’auteure aborde le sujet sous un angle
différent, alliant à la fois originalité et pertinence.
L’originalité réside notamment dans le fait que la plupart
des écrits consacrés au voile se limitent à établir un
recensement des diverses lectures interprétatives effectué
à la lumière du Coran et de la shariâ et pose le sujet en
terme d’une dualité telle que licite/illicite, halal/haram…
Sihem Bouzgarou-Ben Ghachem, quant à elle, tente
d’éviter ce type d’approches interprétatives pointilleuses.
En outre, l’originalité de cet essai réside également dans le
fait qu’il ne questionne pas le voile, en tant que précepte
religieux, mais comme une réalité sociale versant dans le
psychologique. De fait, qu’importe le statut religieux ou
social ou juridique du voile, en Tunisie, une multitude de
femmes l’arborent, sans trop se soucier de sa portée.
D’ailleurs, c’est cette réalité qui a induit le questionnement
de l’auteure et l’a incitée à s’interroger sur la symbolique du
voile pour ses coreligionnaires.