Pourquoi aborder la question d’apostasie alors qu’il n’y a
pas de contrainte en matière de religion en Islam? Pourquoi
analyser les positions des Ulémas et des penseurs alors que la
liberté religieuse et individuelle est respectée dans les sociétés
islamiques? Mais du moment où les musulmans ne partagent
pas la même définition de la liberté religieuse et que le discours
d’anathème a fait son appariation après le «printemps Arabe»,
nous avons jugé que la question de l’apostasie nécessite une re
lecture des textes religieux afin de présenter quelques éléments
de réponse .
Certes la liberté religieuse a été fondée sur la tolérance et la dé
fense des droits des minorités, mais aujourd’hui la question de
la liberté religieuse se pose à un niveau politique: reconnaissance
de la pleine citoyenneté, respect de la constitution et principe du
vivre ensemble.
Malgré, les processus d’individuation et de sécularisation, la
modernisation des législations et les efforts des activistes pour
instaurer la culture du vivre ensemble, il est toujours dangereux
d’afficher publiquement un changement de religion ou une atti
tude athée.
Avec une dérive dans tous les pays islamiques vers le conserva
tisme islamique, la situation de la liberté et du pluralisme reli
gieux est de plus en plus inquiétante. En 2015, Le tribunal saou
dien de première instance de la ville d’Abha a condamné à mort
le poète palestinien pour apostasie. (notons qu’en Arabie Saou
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dite, l’apostasie est sanctionnée par la peine capitale.) En 2015,
153 personnes ont été exécutées dans le royaume ,58 personnes
ont été exécutées depuis le début 2016, dont 47 le 2 janvier.
Au Maroc, dans la ville de Laâyoune, le 28 avril 2015 quatre
membres d’une cellule terroriste avaient «émis une fatwa» auto
risant de «brûler vif» une de leurs connaissances qu’ils accusaient
d’ «apostasie». L’enquête a révélé «l’adhésion totale» de la cellule
démantelée avec le groupe ‘État islamique’.
Dans une vidéo publiée le 16 mai 2003 sur youtube, le prédi
cateur marocain Abdelhamid Abou naïm déclarant qu’Ahmed
Assida, le chercheur amazigh et militant laïque était un «kafir»,
il convenait de le tuer, car il était sorti de la communauté mu
sulmane et de ses principes. Dans une autre vidéo postée sur
YouTube, le 22 juillet 2013 Abou naïm a déclaré que le premier
secrétaire de l’USFP Lachgar était apostat parce qu’ il avait pro
posé de pénaliser la polygamie et appelé à la révision de la loi sur
l’héritage et à l’instauration de l’égalité homme femme.
En 2014 et avec l’établissement du califat, toute la jurisprudence
islamique reprend soudain vie. Dans le but de purifier la société,
l’état Islamique déclare la guerre aux apostats. Des exécutions
de masse sont organisées à quelques semaines d’intervalle. En
revanche, les chrétiens qui ne résistent pas au nouveau pouvoir
échappent à l’exécution automatique. Abou Bakr Al-Baghdadi
les laisse vivre tant qu’ils paient un impôt spécial, appelé jizya, et
qu’ils se soumettent.
Tous ces exemples montrent que le débat autour de la liberté
religieuse n ‘est pas clos.
Amel GRAMI
Tunis le 5-12-2017