Un livre comme tous les êtres vivants connaît les longs mystères
de la gestation et les affres de la parturition avant de découvrir les
aveuglantes lumières du jour. Au fil des années, il se fraye son
chemin cahin-caha doucereusement morigéné, parmi les sournois
aléas et les pièges tendus par ceux qui ont pignon sur rue. Quand
enfin la grâce lui sourit, il arrive qu'il s'avise de piétiner voire
d'écrabouiller tout ce qui se dresse face à sa force qui va. La gloire lui
ouvre alors ses mannes avec tout l’attirail des congratulations et des
célébrations intarissables.
Cette notoriété n’est pas une garantie de pérennité, car un livre
comme tout être vivant est soumis à une conjoncture changeante qui
peut diaboliser des « valeurs » qui naguère étaient élevées jusqu’aux
nues. C’est dire que la valeur d'une œuvre n'a rien d'absolu. Elle est
sans doute appréciée autant par ce qui lui est intrinsèque que par un
environnement littéraire, artistique, social aussi volatil que les
caprices de la mode.
Au-delà de tous les aléas et vicissitudes que traverse un être
vivant dans son parcours, la fin inéluctable est le néant. En revanche,
la mort d'un livre n’est jamais définitive. Par un effet de
métempsychose, il peut retrouver jeunesse et splendeur comme
jamais. Ainsi pourrait-il rivaliser avec les plus grands patriarches qui
ont parcouru des pans entiers de l’histoire.