Faite par : Olfa Abdelli
La Tunisie et les écrivains italiens, 1900-1950 est une contribution qui apporte cet éclaircissement théorique qui s’attache à la problématique du volet littéraire d’une époque longuement méconnue car peu documentée. Cet ouvrage est désormais une référence à laquelle j’étais particulièrement sensible en raison de mes recherches actuelles et futures. Je tiens dès lors à marquer ma gratitude à Alessio Loreti. Son livre est une mine pour qui s’intéresse à la littérature francophone et aux écrivains italiens vécus en Tunisie de la première moitié du XXème siècle. Il s’apparente à une anthologie qui réfléchit les italiens de Tunisie et qui lie la Tunisie à ses habitants, occupants à cette même époque. « L’italianité » ou encore « le peuplement italien » et « la colonie italienne » sont des variantes d’un même fait et renvoient à la présence de « la collectivité » italienne et ce, depuis le XIXème. Politiquement et historiquemnt, Loreti nous en parle brièvement pour laisser place à un panorama littéraire où des auteurs italiens, témoins oculaires ou rapporteurs d’histoires, rendent compte de tout un imaginaire individuel et/ou collectif et des soubassements multiculturels qui remontent à la surface et qui font irruption dans des œuvres singulières qui témoignent désormais de tout un héritage de « Rome antique », des pratiques ancestrales, des paysages naturels. Il est aussi question de « véhiculer une propagande idéologique et politique » inscrite dans un patchwork littéraire » méditerranéen. Cet ouvrage représente à bien des égards une référence indéniable à qui veut apprendre davantage sur la discorde et le dialogue entre la France et l’Italie.
C’est à travers 14 auteurs italiens que Alessio Loreti opère son exploration pour en dégager les représentations de la communauté italienne autour de la Tunisie. Expatriés dans ce pays où ils sont pourtant nés pour la plupart, les auteurs mettent en scène un débat franco-tunisien où on y décèle à la fois la posture du colonisé et du colonisateur car acculturés, ils revendiquent leur identité propre mais aussi leurs us et coutumes et tout ce qui relève de la culture italienne et qui a influencé, modelé le monde tunisien, terre et occupants confondus tout en s’y fondant et confondant.
Cet ouvrage a le mérite d’explorer divers et maintes genres et écrits (textes littéraires et de fiction, récits de voyage, mémoires et articles journalistiques) et de référer aux auteurs les plus connus notamment par les tunisiens à savoir Mario Scalési aux moins connus ou encore complètement méconnus. En effet ce corpus italo-tunisien explicite la question coloniale et le rapport à la France et à la Tunisie et les liens complexes tissés au sein de ce « triangle » qui est désormais la pierre angulaire qui participe à la naissance de cet ouvrage. Il en découle alors des thématiques relatives à l’exil, à l’enracinement et au déracinement et qui sont explicités dans les quatre chapitres constitutifs de l’essentielle de la réflexion de Loreti où l’image de l’Autre, son regard, ses sentiments de nostalgie, de désillusion lient et délient les textes et leurs auteurs qu’on découvre via des bribes délicatement choisies dans cet ouvrage et qui nous semblent être foncièrement représentatives du fin fond du ressenti et du vécu des écrivains. Faisant preuve d’un souci mémoriel, d’une fidélité scripturale, ce volume est un acte de résistance et d’un désir de justesse. L’apprentissage ne s’y dissocie pas non plus. Merci Alessio !