Mots clés

#Islamisme #Monde arabe #Géopolitique #Monde arabe #Empire ottoman

États criminels – L’alliance du mal

Béchir Turki

Détails de la publication

ISBN
978-9938-91-328-6
Maison d'édition
Collection
Ka' édition 2026
Date de publication
2020
Nombre des pages
352
Langue
Français
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Cet ouvrage propose une lecture critique de l’histoire politique contemporaine du monde arabe, en mettant l’accent sur les conséquences de la disparition de l’Empire ottoman et du partage de ses anciens territoires par les puissances européennes. L’auteur examine notamment les effets des politiques britannique et française au Moyen-Orient, en s’appuyant sur des événements tels que les accords Sykes-Picot et la déclaration Balfour, ainsi que sur l’évolution des frontières et des équilibres politiques de la région. Une seconde partie de l’analyse porte sur les relations entre puissances occidentales, pétrole, États arabes et mouvements islamistes. L’auteur développe une thèse selon laquelle certaines politiques étrangères auraient contribué à l’essor de courants islamistes radicaux et à l’instabilité politique de plusieurs pays arabophones. L’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, la Libye et l’Arabie saoudite sont notamment évoqués pour illustrer cette interprétation. Une attention particulière est accordée à la Tunisie après 2011. L’auteur analyse les transformations politiques consécutives à la révolution, l’arrivée au pouvoir de formations islamistes et les difficultés institutionnelles et économiques qui ont suivi. Il revient également sur certaines décisions prises sous la présidence de Habib Bourguiba, notamment concernant l’enseignement religieux à la mosquée Zitouna et l’évolution du mouvement islamiste tunisien. L’ouvrage cherche ainsi à établir des liens de causalité entre les interventions et stratégies géopolitiques des grandes puissances, l’évolution des mouvements islamistes et les crises politiques et sociales qui ont marqué le monde arabe au cours des XXe et XXIe siècles. Il s’agit d’un essai politique et géopolitique fondé sur une interprétation critique de l’histoire contemporaine et des relations internationales.

Préface

« Quand Nous voulons anéantir une cité, Nous ordonnons à ses nababs d’obéir à Nos prescriptions. Mais ils se livrent à la perversion, justifiant ainsi la sentence prononcée contre leur cité ; elle est détruite de fond en comble. » Coran, sourate « Le Voyage nocturne » (El Isrâ), v. 16 Pendant des siècles, le monde arabo-musulman a vécu en paix. Il était certes dominé par l’Empire ottoman, mais cette domination n’avait vu ni guerres, ni pillages, ni massacres à grande échelle, comme on en voit depuis la fin de la Première Guerre mondiale et le partage des vastes zones géographiques sous influence ottomane par les vainqueurs, principalement les Britanniques et les Français. Les ingérences franco-britanniques au sein de l’Empire ottoman dans le but de le détruire avaient commencé bien avant la Première Guerre mondiale. Et c’est en réaction à ces ingérences et dans un réflexe naturel et légitime d’autodéfense que les Ottomans s’étaient alliés aux Allemands, dans l’espoir de battre la France et la Grande-Bretagne et de faire échec à leur plan stratégique. Ce plan, rappelons-le, consistait à détruire l’Empire ottoman et à se partager ses possessions. L’issue de la Grande Guerre fut désastreuse pour les Turcs, qui perdirent toutes leurs possessions et se contentèrent de construire un État sur un territoire qui ne représentait plus qu’une infime partie de ce qui était alors le vaste Empire ottoman. À son apogée, sous le règne de Soliman le Magnifique, c’était un empire multinational et multilingue contrôlant une grande partie de l’Europe du Sud-Est, des parties de l’Europe centrale, de l’Asie occidentale, du Caucase, de l’Afrique du Nord et la Corne de l’Afrique. Le partage des possessions arabes de l’Empire entre la France et la Grande-Bretagne a commencé deux ans avant la fin de la 9 Première Guerre mondiale, plus précisément en 1916. Se voyant déjà vainqueurs contre la coalition germano-ottomane, les Français et les Britanniques s’étaient permis de se partager entre eux des terres et des richesses qui ne leur appartenaient pas, et ce, dans le cadre de ce que l’on appelle l’« accord Sykes-Picot » du 16 mai 1916. Alors que la guerre faisait encore rage, le Britannique Mark Sykes et le Français François Georges Picot conclurent un accord secret par lequel ils voulaient précipiter la chute de l’Empire ottoman, et dans lequel ils souhaitaient « détacher les arabophones des Turcs en facilitant la création d’un État arabe ou d’une confédération d’États arabes ». Entre-temps, en 1917, les bolcheviques, qui venaient de prendre le pouvoir en Russie, découvrirent l’accord secret et le rendirent public. Émotion et colère chez les arabophones et demandes d’explications aux autorités britanniques. Voici la réponse de la Grande-Bretagne en date du 18 février 1918 : « Le gouvernement de Sa Majesté et ses alliés n’ont pas abandonné leur politique qui consiste à apporter leur concours le plus entier à tous les mouvements qui luttent pour la libération des nations opprimées. En vertu de ce principe, ils sont plus que jamais résolus à soutenir les peuples arabes dans leur effort pour instaurer un monde arabe dans lequel la loi remplacera l’arbitraire ottoman et où l’unité prévaudra sur les rivalités artificiellement provoquées par les intrigues des administrations turques. Le gouvernement de Sa Majesté confirme ses promesses antérieures concernant la libération des peuples arabes. » Donc, pour les Britanniques qui, comme chacun le sait, sont des bienfaiteurs de l’humanité, le but fondamental était d’aider à la création d’un monde arabe où « l’unité prévaudrait sur les rivalités artificiellement provoquées par les intrigues des administrations turques ». Ils n’ont pas tardé à montrer leur vrai visage en procédant, immédiatement après, à un véritable charcutage du monde arabe. Des frontières ont été tracées arbitrairement, des groupements socio ethniques et confessionnels, qui vivaient unis depuis des siècles, se sont trouvés, du jour au lendemain, divisés et séparés par des frontières internationales, infranchissables sans l’accomplissement de procédures administratives parfois kafkaïennes. Et « les rivalités artificiellement provoquées par les intrigues des administrations turques » ont cédé la place à des rivalités belliqueuses et à des 10 guerres sanglantes provoquées par les intrigues, autrement plus sournoises des administrations britanniques. Et, comme si le nombre d’entités artificielles créées n’était pas suffisant, Winston Churchill se chargea d’en rajouter avec vantardise : « J’ai créé, dit-il, la Jordanie d’un trait de crayon un dimanche après-midi au Caire... » Avec l’accord Sykes-Picot de 1916 et la déclaration Balfour de 1917, le monde arabe est entré dans une ère de désordres et de turbulences fortement aggravée par la malédiction du pétrole et la création catastrophique d’Israël. Depuis que la domination occidentale, britannique et américaine, en particulier, a remplacé la domination ottomane, le monde arabe n’a pratiquement jamais connu la paix et la prospérité auxquelles les peuples arabes, à l’instar des autres peuples, ont droit. En scrutant l’Histoire, on se rend compte avec horreur de l’étendue du mal fait dans le monde par le couple Grande-Bretagne et États-Unis. Aucun autre pays dans l’Histoire récente ou ancienne n’a causé autant de douleurs à l’humanité, détruit plus de vies, ruiné plus de nations et de cultures et volé plus de ressources matérielles aux autres peuples que ce couple infernal. Les crimes commis sont abominables : la traite d’esclaves et la destruction d’une énorme partie de l’Afrique, avec mise à mort directe ou indirecte de dizaines de millions de gens, l’occupation monstrueuse du sous-continent indien au prix de dizaines de millions de vies (y compris au moyen de famines et de maladies artificiellement organisées) ; le déchaînement contre les peuples asiatiques (bombes atomiques contre le Japon et massacre de millions de Vietnamiens, de Cambodgiens et de Laotiens). Enfin, déchaînements violents, interférences, complots et pillages contre le monde arabe, qui durent pratiquement un siècle. Oui, la Grande-Bretagne et les États-Unis se relaient depuis un siècle contre le monde arabe pour le laisser toujours la tête sous l’eau. Prenons l’exemple de l’Irak. Ce qu’avaient fait les Britanniques au début du XXe siècle en Irak a été réédité par les Américains au début du XXIe siècle, utilisant presque les mêmes mensonges, les mêmes prétextes, la même incurie, fomentant les mêmes complots et déclenchant la même guerre ethnique : chiites contre sunnites. La seule différence réside peut-être dans l’intensité de la violence 11 infligée à l’Irak et à ses habitants, puisque les Britanniques du début du XXe siècle n’avaient pas la puissance destructrice qu’ont les Américains au début du XXIe siècle. Autre élément fondamental de la stratégie destructrice anglo américaine envers le monde arabe, sur lequel se sont relayés Londres et Washington, est le wahhabisme, cette satanique secte conçue par le ministère des Colonies de la Grande-Bretagne au milieu du XVIIIe siècle. Les Anglais ont joué un rôle central dans l’apparition de cette secte et dans son instrumentalisation à des f ins déstabilisatrices et guerrières. Une telle secte surgie du désert arabique, se réclamant de Mohammed Ibn Abdelwahhab, un gourou ignare et fanatique. Une secte promettant la mort à tout musulman qui ne suivait pas sa version étriquée de l’islam n’aurait pas pu survivre sans le soutien du couple infernal anglo-américain. Depuis la chute de l’Empire ottoman, le wahhabisme et l’État saoudien qui lui sert de cadre politique ont toujours été des instruments malléables entre les mains des Britanniques d’abord, et des Américains ensuite. Il est hautement significatif que cet État et la secte qui lui sert de béquille idéologique et religieuse aient eu des problèmes avec tout le monde, sauf avec le couple anglo-saxon. Cette intimité permanente entre Londres et Washington, d’une part, et l’État saoudien wahhabite, d’autre part, a été et est toujours d’une grande utilité pour l’approvisionnement énergétique, et d’un grand bénéfice stratégique pour les deux premiers aux dépens des peuples arabes, y compris le peuple saoudien. L’alliance anglo-américano-wahhabite a enfanté le djihadisme des années 1980 en Afghanistan, où les milliards de pétrodollars et les milliers de jeunes arabes endoctrinés et fanatisés par le wahhabisme ont joué un rôle déterminant dans l’affaiblissement de l’Union soviétique, qui a fini par s’effondrer, laissant un vide stratégique béant, vite comblé par les Américains et leurs alliés. La même alliance, à laquelle il faut ajouter Israël, a enfanté dans les années 2010 le même djihadisme où des milliards de dollars et des milliers d’autres jeunes arabes, endoctrinés et fanatisés à l’extrême ont servi à mettre le monde arabe à feu et à sang. Si dans les années 1980 Al-Qaïda de Ben Laden était le point de ralliement des terroristes en Afghanistan, dans les années 2010 ce 12 sont d’innombrables organisations, dont les deux plus meurtrières et les plus violentes : Daech et al-Nosra, qui constituent autant de points de ralliement de terroristes programmés, tels des robots, par les stratèges de Washington et de Londres pour faire en Irak, en Syrie, en Libye et ailleurs, dans le monde arabe, ce qu’avaient fait leurs aînés terroristes 30 ans plus tôt en Afghanistan. On entend souvent dire que la Tunisie a eu plus de chance que la Syrie ou la Libye, puisqu’elle a échappé aux désastres du Printemps arabe. C’est faux, la Syrie et la Libye ont certes eu la malchance de subir les attaques des hordes terroristes de Daech, armées jusqu’aux dents, qui leur ont fait subir des destructions matérielles et des pertes humaines sans précédent. Mais la malchance s’est abattue aussi sur la Tunisie qui, si elle a réussi à vaincre les daechiens armés de kalachnikovs et de ceintures d’explosifs, n’a rien pu faire contre les daechiens en costume trois-pièces cravate, qui gouvernent le pays depuis les élections du 23 octobre 2011. Ceux-ci n’ont pas détruit les infrastructures du pays ; ils n’ont pas tué massivement les Tunisiens ; ils ne les ont pas transformés en réfugiés. L’auraient-ils pu, ils l’auraient fait à coup sûr ! Mais ils ne sont pas restés inactifs. Ils se sont incrustés, tels des grains de sable, dans les rouages de l’État pour le paralyser. Et de fait, l’État tunisien est paralysé depuis janvier 2011 jusqu’à ce jour. Ils se sont faufilés à tous les niveaux de l’Administration. Ils ont vidé les caisses du pays en se partageant le butin entre eux, sous prétexte de réparations et de compensations. Ils ont mis l’économie à genoux. Il faut dire que nos daechiens en costume-cravate ne sont pas là seulement par la volonté de leurs sponsors étasuniens, anglais, israéliens et qataris. Ils sont là aussi par la volonté d’une partie importante de Tunisiens qui ont voté pour eux, les uns croyant voter pour des gens1 qui « craignent Dieu », les autres parce qu’ils sont aveuglés et fanatisés par le salafisme djihadiste né dans le désert de Najd et n’ayant absolument rien avoir avec la vision sunnite de l’islam en Tunisie. On en vient à la part de responsabilité qu’assume Bourguiba dans les développements dramatiques que nous vivons. Deux erreurs furent commises par l’ancien président de la République, 1. « Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime. Il est complice. » Georges Orwell (1903-1950). 13 qui ont contribué, peu ou prou, à l’expansion de l’islam takfiriste du wahhabisme auquel se sont convertis les Frères musulmans qui gouvernent chez nous depuis octobre 2011. La première erreur de Bourguiba fut la fermeture de la Mosquée Zitouna, qui dut arrêter son enseignement dans le cadre de l’islam malékite ou hanafite modéré et pratiqué en Tunisie depuis des siècles par les générations successives. Le vide laissé par la fermeture de la Zitouna a fini par être occupé par les Frères musulmans, porteurs de la vision wahhabite de l’islam. La seconde erreur fut commise dans la décennie 1975-1985, quand les responsables politiques de l’époque, voulant affaiblir la gauche, avaient encouragé sciemment le courant islamiste en lui laissant la liberté d’action dans les enceintes universitaires, et en permettant que les livres des théoriciens de la pensée takfiriste, tels que Abou Al A’la Mawdoudi2, Sayyed Qotb3 et Hassan al-Banna,4 soient imprimés et diffusés en Tunisie, comme l’explique Ahmed Khaled dans son livre publié en 2017 et intitulé : Comment s’est développée la pensée takfiriste en Tunisie dans les années 80 du siècle dernier ? Ces erreurs fatales ont grandement contribué à former une « génération d’intégristes », celle-là même qui a mis le pays à genoux et qui, malgré l’opposition de la majorité du peuple tunisien, n’a pas renoncé et ne renoncera jamais à son projet d’« État islamique ». L’objet de ce livre est de tenter d’éclairer le lecteur sur les liens de causalité qui existent entre les stratégies et les politiques machiavéliques de la troïka infernale : États-Unis-Grande Bretagne-Israël et le pillage, l’anarchie, la guerre, les destructions et les massacres qui sévissent dans l’hémisphère Sud, en général, et dans les pays arabophones en particulier

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