L’histoire de la dynastie husseinite n’a pas cessé
d’alimenter de vives controverses auprès des spécialistes
de la question, des mémorialistes tunisiens ou étrangers et
de susciter de plus en plus la curiosité d’amateurs ou de
simples lecteurs avides de retourner sur les pas des Beys
de Tunis, en quête d’informations sur leur origine, leurs
règnes, leurs oeuvres et leurs manoeuvres.
Mal-aimés de la République, tournés souvent en dérision
par des médias peu informés ou par des biographes peu
crédibles, les dix-neuf Beys – exception faite de l’avantdernier
monarque : Moncef –, sont souvent présentés comme
des souverains ignorants, séniles, polygames, apatrides ou,
pis encore, des sycophantes qui ont « vendu » la Tunisie à
la France en 1881. Des récits fantaisistes se racontent encore
aujourd’hui sur leur compte, les passant pour des monarques
en carton, vivant dans de somptueux palais et privilégiant
la lubricité des harems aux affaires de la Régence. À force
d’avoir martelé, à coups de médisances et de calomnies, que
les Beys n’étaient que des personnages immondes, doublés
d’usurpateurs de l’identité tunisienne, voire des lâches au
service de l’Empire ottoman, beaucoup de gens y ont cru !
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On ne manque pas alors de relayer des épisodes insolites
sur leurs vies privées ou celles de leurs fils, ou encore celles
des princes de toute la grande famille husseinite. Parmi ces
allégories, on entend encore dire que des princes pariaient
sur le sexe d’un bébé dans le ventre d’une maman anonyme
pour aller jusqu’à l’éventrer publiquement pour s’en
convaincre ! Ce genre de racontars, ancrés désormais dans la
mémoire collective de plusieurs Tunisiens, ont fini par créer
chez eux une forme de répulsion endémique à l’annonce de
l’époque beylicale. Ce réflexe « pavlovien » s’est cultivé de
génération en génération pour s’ériger, maintenant, en un
dogme difficile à changer. Pourtant, la dynastie husseinite
a perduré deux siècles et demi d’affilée, sans subir des
soulèvements populaires notoires, en dehors de celui d’Ali
Ben Ghedhahem de 1864, figure emblématique de la révolte
menée contre le pouvoir beylical à la suite du doublement
des impôts (mejba), initié en 1858 par la politique financière
instaurée par Mustapha Khaznadar, grand vizir sous
M’hamed Bey, pour atteindre, sous Es-Sadok Bey, en 1861,
42 % des recettes fiscales ! Même si cette révolte était destinée
non pas à renverser le Bey de l’époque (Es-Sadok), mais à
dénoncer les pratiques de son gouvernement.